mardi 9 novembre 2010

Jean-Claude Gaudin sur France Inter : « mais je ne connais pas le code du travail, moi »




Jean-Claude Gaudin sur France Inter : « mais je ne connais pas le code du travail, moi »
Par Julien VINZENT le 9 novembre 2010

Plus d’un auditeur fidèle de Là-bas si j’y suis a dû en bondir sur son siège, au point que l’un d’eux nous en a fait part sur le forum de nos articles consacrés à Ryanair : jeudi dernier, lors de l’émission de France Inter intitulée « A bas prix, mais à quel prix », le maire de Marseille s’est illustré en lançant « mais je ne connais pas le code du travail, moi » à la journaliste venue l’interroger.

Une petite phrase, comme on dit, qui conclut une conversation non moins intéressante, où l’on rentre dans les coulisses de l’interview du maire. Pascale Pascariello commence tranquillement par rappeler les faits : « Ryanair a décidé de partir parce qu’elle a été mise en examen suite à une plainte déposée au tribunal d’Aix-en-Provence pour travail illicite. Ce qui veut dire que les salariés de Ryanair, qui sont 120, étaient sous contrat irlandais. Ils ne cotisent pas pour la retraite et Ryanair ne paie évidemment aucune charge en France. Ce sont des revenus entre 900 et 1200 euros, c’est quand même des situations de travail un peu difficiles. Ca a quand même un coût pour la France, un coût pour les salariés embauchés sous ces contrats. »

« Les gens sont heureux comme cela »

Jean-Claude Gaudin intervient : « Ryanair à apporté à Marseille Provence des millions de passagers. Les gens sont heureux comme cela. On fait travailler des gens. Mon but à moi est de faire sans cesse reculer le chômage. La seule chose qui compte, c’est que les gens soient heureux, et qu’ils puissent à moindre prix aller dans les destinations qu’ils souhaitent. Deuxièmement c’est que l’on fasse travailler les gens et troisièmement le monopole n’est pas une bonne chose et on le voit tous les jours. » Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse : tout est dit.

C’est d’ailleurs ce que doit penser l’édile, qui prend congé. La suite immédiate semblant coupée au montage, on peut aussi supposer que les questions posées n’ont pas été à son goût et qu’il s’est rendu compte qu’il n’avait pas face à lui l’émission la plus libérale de France Inter… Voici le reste de l’entretien, où les coupures au montage sont indiquées par des crochets :

Pascale Pascariello : « Non non mais ne vous énervez pas, on peut continuer, pourquoi… »
Jean-Claude Gaudin (rigolant) : « Merci. Non non ça suffit [...] Vous semblez avoir des éléments que je n’ai pas, je vous le dis. »
Pascale Pascariello, reprenant : « Par exemple EasyJet »
Jean-Claude Gaudin (explosant) : « Ecoutez j’en sais rien ! (Plus calme) Voilà. La compagnie l’emploi, tout ce qui est profitable pour Marseille on est en train de nous le détruire. »
Pascale Pascariello (incrédule) : « Mais je ne vous ai pas mal parlé. »
Jean-Claude Gaudin (mielleux) : « Mais vous ne m’avez pas mal parlé. Mais moi non plus, je vous ai dit ce que j’avais à vous dire. Voilà. »
Pascale Pascariello : « Je voulais vous poser des questions sur le code du travail… »
Jean-Claude Gaudin : « Allez ciao, au revoir. »
Pascale Pascariello, insistant : « Sur le code du travail »
Jean-Claude Gaudin, la coupant : « Non, non, mais je ne connaît pas le code du travail moi. [...] Je vous ai reçu c’est déja pas mal. »
Pascale Pascariello (penaude) : « Ben merci beaucoup. »
Jean-Claude Gaudin : « Ben heureusement. Allez au revoir, merci. »

Souplesse

Pas démontée, la journaliste a tout de même toqué à la porte de Jacques Pfister, président de la Chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence, qui gère l’aéroport de Marignane. Elle recommence son résumé. Réponse : « je crois que Ryanair a un modèle dans l’Europe entière, qui consiste à rattacher son personnel d’équipage sous des contrats irlandais. Des contrats qui prévoient notamment des clauses de mobilité, parce que les bases de Ryanair, il y en a une quarantaine en Europe, doivent être gérées avec souplesse… ou flexibilité comme le dirais M. O’Leary. Il faut que ce personnel d’équipage puisse être affecté à telle ou telle base en fonction des besoins et M. O’Leary a dit qu’il était hors de question pour lui de faire un coup de canif dans sa politique uniquement pour la France. » Une vision qui synthétise ce qui ressortait de la conférence de presse d’annonce du départ : le modèle Ryanair ne tient pas sans sa capacité à plier bagage selon son bon vouloir.

Système low cost

La suite aborde les salaires chez Ryanair, les subventions versées par la CCIMP. Et la délocalisation des subventions de la Chambre de commerce et d’industrie de Montpellier – considérées de plus comme une aide directe interdite – dans un paradis fiscal, relevée par la Chambre de régionale des comptes du Languedoc-Roussillon. Des magistrats dont on apprend au passage par Jacques Pfister que « ce n’est pas dieu le père non plus. Ce sont des gens qui ont une appréciation des choses du monde qui n’est pas forcément la bonne. »

Pour savoir quelle est l’appréciation des choses du monde des gens de Ryanair, on écoutera avec profit le reste de l’émission, qui démonte le système low cost. Avec notamment un entretien avec un chargé de recrutement de la compagnie qui détaille par le menu les conditions qu’elle impose à ses salariés : période d’essai d’un an, pendant laquelle vous devez payer une formation à plusieurs milliers d’euros, paiement des uniformes car « sur mesure », absence de syndicats, déménagement exigible dans le mois vers un autre pays d’Europe… A bas prix, mais à quel prix ?

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