jeudi 29 juin 2017

CONGÉS: PEUT-ON M'IMPOSER MES DATES DE VACANCES?



Vous avez bien acquis vos 2,5 jours de congés par mois, mais avez-vous droit de les prendre quand cela vous chante ? Non, en général, en matière de congés payés, le salarié propose, l’employeur dispose…
  • Ce que l’employeur peut vous imposer 
- Prendre vos congésAussi étonnant que cela puisse paraître, la première obligation que peut vous imposer votre employeur est celle de prendre vos congés (1). Par exemple, même si vous êtes à découvert ces temps-ci, vous ne pouvez pas troquer l’intégralité de vos congés payés contre une indemnité équivalente. Vous devez vous reposer, et votre employeur doit y veiller, cela fait partie de son obligation de santé et de sécurité. À défaut, cela peut lui coûter cher puisqu’il risque une amende.
De même, vous ne pourrez pas exiger le report de vos congés sur l’année suivante.
Si vous disposez d’un compte épargne temps (CET) vous pouvez, dans une certaine limite, monétiser une partie de vos congés payés, tout dépend de ce que prévoit l’accord qui met en place votre CET.

En cas d’absence de longue durée (pour maladie, accident du travail ou maladie professionnelle) qui vous aurait empêché de prendre vos congés, vous pouvez les reporter après la date de reprise du travail 
- Une certaine période de congésVous voulez passer votre mois de février au chaud, à l’autre bout de l’hémisphère ? Vous risquez de vous heurter à la période de congé qui a cours au sein de votre entreprise.
Cette période de congé, peut être fixée soit par accord d’entreprise, ou unilatéralement par l’employeur, ou en fonction de l’usage dans votre boîte (2) (après consultation des représentants du personnel s’ils existent).
Sur la base de quatre semaines (le congé principal), elle comprend obligatoirement la période du 1er mai au 31 octobre de chaque année. Ce qui veut dire que votre accord d’entreprise peut prévoir une période plus longue, voire s’étaler sur toute l’année.
À noter : L’employeur a l’obligation de vous informer de cette période de congé au mois 2 mois avant son ouverture. 
- Un ordre de départ en congésSi vous êtes plusieurs dans un établissement ou un service à vouloir partir durant la même période (ce qui arrive souvent notamment en été ou à Noël) c’est en priorité l’accord d’entreprise, ou les usages internes qui détermineront l’ordre des départs. À défaut d’accord ou d’usage, c’est votre employeur à qui il reviendra d’établir le planning de départ en vacances.
En général ce qui est pris en compte c’est la situation personnelle et familiale des salariés, et la durée de leur service chez l’employeur.
Si malgré ce planning imposé, vous partez en congé, sans autorisation, vous serez fautif et sanctionnable de ce fait.
L’ordre des départs est communiqué un mois avant son départ et affiché dans les locaux. L’employeur ne peut pas, en principe, changer les dates de congés moins de 30 jours (3) avant le départ en vacances du salarié, sauf en cas de circonstances exceptionnelles : par exemple, l'arrivée d'une commande inattendue capable de sauver l'entreprise si celle-ci est en difficulté. 
- Une certaine durée de congéVous ne pouvez pas, en principe, prendre vos 5 semaines de congés payés (ou plus) d’un coup, le Code du travail prévoit en effet que la durée de congé pris en une seule fois ne peut excéder 24 jours ouvrables[4] (soit 4 semaines de congés payés). Par conséquent, la 5e semaine (et les autres jours si vous bénéficiez de congés supplémentaires) doit être prise à un autre moment, afin de ne pas perturber la marche de l’entreprise.
À noter : il est toutefois possible de s’absenter pour une plus longue durée, si vous justifiez des contraintes géographiques particulières (famille à l’étranger, en outre mer, etc.)
- La fermeture de l’entrepriseIl est possible que votre entreprise ferme durant l’été[5], dans ce cas, votre employeur peut vous imposer de prendre votre congé principal durant cette période de fermeture, sous réserve de respecter la consultation des représentants du personnel (consultation du comité d’entreprise / des délégués du personnel) et après vous en avoir informé suffisamment longtemps à l’avance.
À noter : Au cas où vous n’auriez pas acquis assez de congés pour couvrir toute la durée de fermeture annuelle de votre entreprise (ex : vous êtes arrivés en avril, et l’entreprise ferme 4 semaines en août), vous pourrez bénéficier du chômage partiel sous certaines conditions
  • Ce que vous pouvez demander à votre employeur
- De prendre des congés avant la période habituelleVous êtes arrivé au mois de septembre… Et vous voulez prendre 1 semaine de congés à Noël ? Vous pouvez demander à votre employeur de poser les congés que vous aurez acquis avant l’ouverture de la période normale de prise de congés (en général du 31 mai – 1er octobre). Il faudra toutefois qu’il vous donne son accord.
- Deux semaines de congé l’étéLe Code du travail prévoit que quand le congé ne dépasse pas 12 jours ouvrables (soit deux semaines) il doit pouvoir être pris en continu. En somme, votre employeur ne peut pas s’opposer à ce que vous partiez au moins deux semaines durant l’été. 
- un départ en congé « couplé »Si votre cher et tendre travaille avec vous, vous avez le droit de partir en vacances ensemble. C’est le Code du travail qui le dit (6) : « les conjoints et la partenaire liés par un PACS travaillant dans la même entreprise ont droit à un congé simultané »
Cette règle ne fonctionne que si les deux membres du couple travaillent dans la même entreprise, les employeurs respectifs de chaque membre d’un couple n’ont aucune obligation de se « caler » sur les vacances des conjoints respectifs.

(1) Art L.3141-1 et suivant du code du travail.
(2) Art L.3141-13 c.trav.
(3) Art. L3141-16 c.trav.
(4) Art. L.3141-17 c.trav.
(5) Art. L.3141-20 c.trav.
(6) Art. L.3141-15 c.trav.

Laurent BERGER CFDT :"Le cœur de l’industrie du futur, ça ne doit pas être la technologie mais le travail et les compétences. La poursuite d’un modèle low cost basé sur la concurrence par les couts n’a pas d’avenir. C’est en adoptant un nouveau modèle de production fondé sur la qualité, l’innovation, l’initiative des salariés que nous concilierons demain compétence économique et progrès social. Pour créer les conditions d’une transition favorable à tous, la formation et l’accompagnement des salariés seront des éléments décisifs. Mais c’est aussi grâce au dialogue social à tous les niveaux, que nous réussirons à mener ces transitions."

LA CFDT RÉFLÉCHIT À L'INDUSTRIE DU FUTUR

Publié le 28/06/2017 à 15H36

Le 20 juin dernier, la CFDT organisait une deuxième journée d’ateliers autour de l’industrie du futur : une centaine de militants sont venus échanger et réfléchir sur les mutations qui traversent l’industrie, mais surtout sur les moyens de les anticiper et de les sécuriser. 
L’industrie se transforme au gré des innovations techniques et technologiques : le numérique et toutes les technologies qui en dérivent, l’automatisation et la robotisation, les imprimantes 3D, l’internet des objets, la réalité augmenté… La liste est longue et n’a pas fini de s’allonger. Les techniques de production évoluent à une vitesse considérable. 
On parle de fabrication par imprimante 3D des équipements industriels, de production de textile connecté dédié à la santé personnelle, de fabrication de pièces composites à grande cadence (technique qui permet de réaliser en une seule étape des sous-ensembles complexes dans des temps de cycle plus courts)…
Les activités des entreprises deviennent, par là même, de plus en plus complexes, de plus en plus diversifiées si bien que la distinction entre service et industrie n’est plus si évidente et n’a plus forcément de sens.
Au-delà de ces évolutions, nous devons encourager la nécessaire transition écologique, nous tourner vers une industrie plus propre, respectueuse des travailleurs, de la planète et des générations futures. C’est d’abord une question d’avenir de l’humanité. C’est également une opportunité de compétitivité. 
Ces transformations ne sont pas sans risque. Mal préparées, elles peuvent être synonymes de perte d’emploi, de creusement des inégalités entre les travailleurs ou de polarisation des compétences. Il ne s’agit pas de les minimiser. 
Mais l’industrie du futur c’est également l’opportunité de produire mieux, dans de meilleures conditions.  La possibilité de se tourner vers une économie de la qualité, une économie durable. Les premiers ateliers de l’industrie du futur nous ont permis d’identifier ces perspectives : ré-industrialisation, création d’emploi moins délocalisables et moins pénibles, valorisation des collectifs de travail, organisation plus horizontale, parcours professionnels plus riches … 
La CFDT veut saisir les opportunités qu’offre l’industrie du futur, contribuer à leur réalisation, pour qu’elles profitent à tous et pas uniquement à un petit nombre. Il n’y aura pas d’industrie du futur si l’humain n’est pas placé au centre de ces transformations. 

Le cœur de l’industrie du futur, ça ne doit pas être la technologie mais le travail et les compétences. 
La poursuite d’un modèle low cost basé sur la concurrence par les couts n’a pas d’avenir. C’est en adoptant un nouveau modèle de production fondé sur la qualité, l’innovation, l’initiative des salariés que nous concilierons demain compétence économique et progrès social. 
Pour créer les conditions d’une transition favorable à tous, la formation et l’accompagnement des salariés seront des éléments décisifs. Mais c’est aussi grâce au dialogue social à tous les niveaux, que nous réussirons à mener ces transitions.
Dans les entreprises, dans les bassins de vie, au plus près des réalités des travailleurs, le dialogue social doit permettre d’identifier la diversité des intérêts et des besoins, de les confronter et enfin de proposer des solutions concertées et adaptées au territoire. C’est par le dialogue social que nous saurons proposer avec les travailleurs des  alternatives crédibles et désirables qui ne laissent personne sur le bord du chemin
Avec les ateliers de l’industrie du futur, la CFDT regarde la réalité du travail et ses évolutions. La CFDT regarde vers l’avenir car elle veut contribuer à le construire et l’orienter vers davantage de justice sociale. 

Laurent Berger (CFDT) : "Il n'y a ni confiance aveugle ni défiance généralisée" au sujet de la réforme du Code du travail

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Le secrétaire général de la CFDT, invité de la matinale d'Europe 1 mercredi, se dit être dans une "phase de concertation" avec l'exécutif quant à la réforme du Code du travail.

INTERVIEW
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, assure être dans la concertation avec le gouvernement au sujet de la réforme du Code du travail, alors qu'il n'était pas favorable à cet élargissement de la première mouture de la loi Travail. "Nous n'étions pas demandeurs de cette réforme a priori. Beaucoup de réformes ont été mises en place depuis quatre, cinq ans dans le domaine du Code du travail et cela serait déjà pas mal de les évaluer", a jugé le syndicaliste sur Europe 1.
"Phase de concertation". "On a déjà fait des contre-propositions", assure par ailleurs Laurent Berger, notamment sur l'augmentation des indemnités légales de licenciement. "Il y aura des points de désaccord avec le gouvernement (...) et nous les exprimerons" lors de la phase de présentation du projet de loi début septembre, a-t-il encore déclaré. Le secrétaire général de la CFDT indique être dans une "phase de concertation" avec l’exécutif : "Il n'y a ni confiance aveugle ni défiance généralisée." La CFDT ne se joindra pas à l'appel de la CGT à battre le pavé le 12 septembre pour contester cette réforme.

jeudi 22 juin 2017


Par Anne-Sophie Balle La période laissée aux partenaires sociaux pour négocier les contreparties d’une ouverture dominicale touche à sa fin. Dans les accords qu’elle a signés, la CFDT a privilégié l’équité.

TRAVAIL DOMINICAL : QUEL BILAN DEUX ANS APRÈS LA LOI ?

Publié le 21/06/2017 à 10H01
La période laissée aux partenaires sociaux pour négocier les contreparties d’une ouverture dominicale touche à sa fin. Dans les accords qu’elle a signés, la CFDT a privilégié l’équité.
Après le BHV Marais en mai 2016, les Galeries Lafayette Haussmann dans la foulée et Le Bon Marché Rive Gauche fin novembre, le Printemps Haussmann est venu rejoindre le club des grands magasins parisiens autorisés à ouvrir sept jours sur sept. L’accord trouvé début 2017 entre la direction et la CFDT, la CFE-CGC et l’Unsa est entré en application ce dimanche 11 juin… près de deux ans après l’instauration de la loi Macron. En août 2015, la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques avait donné la possibilité aux zones touristiques internationales (ZTI) créées pour l’occasion d’ouvrir tous les dimanches de l’année, moyennant un accord collectif fixant le volontariat comme principe préalable et des contreparties bénéficiant aux salariés concernés.
Des ouvertures conditionnées à un accord collectif
« En conditionnant l’ouverture à un accord de branche ou d’entreprise, on a donné un levier d’action syndical qui n’existait pas dans la première version du texte, souligne le secrétaire national Hervé Garnier [à l’origine, une simple prime pour dimanches travaillés était prévue]. Certaines organisations se sont figées dans une opposition dogmatique, d’autres comme la CFDT ont fait le choix de la concertation avec les salariés et de la négociation dans le respect de la ligne fixée au départ : ni généralisation ni banalisation du travail dominical. »
In fine, l’explosion incontrôlée du travail dominical tant craint par certains n’a pas eu lieu. À Paris, où se concentrent douze des vingt et une ZTI, une trentaine d’accords ont été signés, selon les derniers chiffres du ministère. Sur le reste du territoire, ce n’est pas non plus une déferlante. Les disparités entre les différentes zones restent fortes, même si aucun bilan officiel n’a été établi à ce jour. Certaines zones touristiques, comme Marseille centre-ville, où un accord territorial avait été conclu avant la loi pour une ouverture toute l’année, ont finalement renoncé faute de chiffre d’affaires suffisant. D’autres acteurs profitent en revanche des dernières semaines laissées aux partenaires sociaux afin de parvenir à un accord. C’est le cas de Samsonite, Toys“R”Us ou Darty. La loi prévoyait en effet que l’accord fixant les contreparties pour les salariés devrait être signé au plus tard dans les deux ans suivant la promulgation de la loi (soit le 7 août 2017). Certains ont fait traîner les choses, espérant un assouplissement des règles… sans succès.
Un socle minimal de contreparties
Si le travail dominical n’a pas explosé, c’est aussi qu’il y a eu une exigence syndicale forte de la part des équipes. « Partout, les sections syndicales ont fait le job en veillant à respecter un certain nombre de préalables touchant tant aux questions d’emploi qu’à l’organisation et à la qualité de vie au travail », note la Confédération. Dans les secteurs les plus concernés, le commerce en tête, la CFDT a pris le temps de poser les bases d’une plateforme revendicative, explique Steve Mars, chargé du dossier à la Fédération des Services. « Pour tout accord, nous exigeons un socle minimal de contreparties qui touche à la rémunération, avec une majoration de 100 % au minimum, au repos compensateur, à la prise en charge des frais de garde et de transports… Il y a aussi une demande forte d’équité de traitement entre les différents salariés concernés par ces négociations. » Les accords récemment signés témoignent de cette double exigence. Gucci propose ainsi une rémunération au moins égale à 300 % du taux horaire par dimanche travaillé. En Moselle, les contreparties prévues dans l’accord territorial s’appliquent à l’ensemble des 10 000 salariés, sous-traitants compris. Dans les grands magasins parisiens, enfin, la majoration de 100 % proposée aux Galeries Lafayette est devenue la règle dans toutes les enseignes, et un millier d’emplois directs auraient été créés au cours des douze derniers mois. « Il y a une réalité économique sur certaines zones touristiques que l’on ne peut ignorer, poursuit Steve Mars. L’important est qu’il n’y ait pas de dérives et que l’équité de traitement des salariés soit respectée. » L’iniquité, c’est d’ailleurs ce qui a poussé la CFDT à s’opposer, à la fin 2016, à l’accord trouvé chez Nespresso, par refus de contreparties différentes selon que les salariés travaillaient régulièrement ou exceptionnellement le dimanche. C’est encore la CFDT qui a longtemps bloqué les négociations au Printemps : pour parvenir à un accord, la direction a finalement dû accepter que les contreparties s’appliquent à tous les magasins implantés en ZTI (Deauville, Marseille et Cagnes-sur-Mer), et pas au seul navire amiral parisien. Et dans les magasins ouverts dans le cadre des dimanches du maire (douze par an hors ZTI), les salariés bénéficient aussi des frais de garde (60 euros par dimanche travaillé). « Nous tenons beaucoup à la dimension nationale des accords d’entreprise », insiste la CFDT-Services.
Le secteur public est lui aussi concerné
Cette approche globale privilégiée par les secteurs les plus concernés par l’ouverture dominicale ne se cantonne pas au secteur privé. Dans les médiathèques, les équipes Interco sont à pied d’œuvre. À la fin 2016, le syndicat Interco services publics parisiens a choisi de s’engager en faveur de l’ouverture dominicale de plusieurs médiathèques de la capitale (avec contreparties), à condition d’offrir à tous les bibliothécaires de la ville de Paris une revalorisation significative du régime indemnitaire. « Une majorité des agents que nous avons consultés étaient pour une ouverture dominicale, mais ne voulaient pas se sentir lésés. En conditionnant une mesure fondée sur le seul volontariat à une reconnaissance globale de ces agents, dont le régime indemnitaire est le plus faible de la ville de Paris, nous avons fait d’une pierre deux coups. Tout le monde est gagnant », se félicite Françoise Brioux, secrétaire du syndicat. Les résultats des prochaines élections pourraient bien venir récompenser cette stratégie.

Laurent Berger revient sur les attentes et les "lignes rouges" de la CFDT dans la concertation qui s'ouvre les réformes sociales:“S'IL Y A DES DÉSACCORDS PROFONDS, NOUS LE DIRONS”

[INTERVIEW] “S'IL Y A DES DÉSACCORDS PROFONDS, NOUS LE DIRONS”

Publié le 20/06/2017 à 18H00
Dans une interview au Journal du Dimanche du 18 juin 2017, Laurent Berger revient sur les attentes et les "lignes rouges" de la CFDT dans la concertation qui s'ouvre les réformes sociales.
La « vague Macron » change-t-elle le rapport de force?C'est le choix des citoyens, mais cette large majorité renforce la nécessité de construire des politiques en contact avec la société civile et les corps intermédiaires. Partagez le pouvoir, ai-je envie de dire au Président et au gouvernement! Le concentrer ne serait pas sans risques et sans difficultés tant les fractures sociales et territoriales sont réelles. Il va falloir apporter des réponses en matière de lutte contre la pauvreté, d'accompagnement des travailleurs dans leur parcours professionnel, favoriser le retour à l'emploi des chômeurs de longue durée, développer une action publique de proximité. La question posée est celle du sens : soit on construit des politiques de progrès qui font vivre des valeurs, réduisent les inégalités, favorisent l'équilibre entre performance économique et justice sociale au service d'une fraternité retrouvée. Soit on élabore juste des politiques qui mises bout à bout n'incarnent aucune grande logique. Jamais il n'y a eu un tel paradoxe entre, d'un côté, un pouvoir très concentré, et de l'autre, des tensions et des attentes fortes en termes de changement. La victoire ne laisse pas de place à l'euphorie. Il n'y a pas d'homme providentiel, ni de solution miracle.
Dans ce contexte, les syndicats ont-ils un plus grand rôle à jouer?
Nous devons concourir à l'intérêt général, personne n'a intérêt à ce que le pays implose. Les risques de manifestations et de violence sont importants tant la société vit sous tension. C'est pour cela qu'il faut faire du dialogue social, les ­syndicats ont un rôle à jouer sur le Code du travail, l'assurance chômage, la formation professionnelle… Mais nous ne devons pas nous cantonner à ces sujets essentiels. Fin mai, nous avons remis au Premier ministre des propositions en matière de fiscalité, d'Europe, de lutte contre la pauvreté qui prouvent que le syndicalisme, tel que le construit la CFDT, est porteur d'une vision.
Avec FO, vous demandiez un délai pour discuter des ordonnances sur le Code du travail. Avez-vous été entendus?
Il y a eu une détente du calendrier jusqu'à fin septembre, nous avons six rendez-vous avec le ministère du Travail durant lesquels nous présentons nos propositions et écoutons celles du gouvernement. Sur le calendrier, il ne faut pas faire de procès d'intention, ce n'est pas un facteur de blocage. Le syndicalisme se grandit quand il est sur les questions de fond. Ce n'est pas en restant au bord du terrain qu'on peut influer sur le jeu. Contrairement à ce que disent certains, ce n'est pas plié. Ne sifflons pas la fin du match avant qu'il ne soit joué !
Quelles sont vos lignes jaunes?
Nous sommes contre le référendum d'entreprise à l'usage de l'employeur en cas d'absence d'accord avec les organisations syndicales. Sur le plafonnement des dommages et intérêts versés aux prud'hommes, nous sommes en désaccord par principe car il est normal de toucher une réparation intégrale après un licenciement abusif. Attention aux fausses solutions ! Un barème pourrait très bien embêter la vie des entreprises puisqu'il y aura des dérogations en cas de harcèlement et de discrimination. On élaborera des contre-propositions, à nous aussi de faire en sorte que les politiques ne fassent pas n'importe quoi. Nous ne sommes pas demandeurs d'une fusion des instances représentatives du personnel. Mais si c'est le cas, il doit y avoir une commission spéciale sur la sécurité et la santé au travail et qu'elle puisse ester en justice. Enfin, nous souhaitons augmenter les indemnités légales de licenciement et développer la place et les moyens des syndicats. La branche doit voir son rôle renforcé, notamment en matière de qualité de l'emploi, et les entreprises doivent négocier sur l'organisation du travail et leur responsabilité sociale.
Un pays qui fonctionne bien est un pays qui articule démocratie politique et démocratie sociale.
Et si vous n'êtes pas écoutés?
Je ne suis pas animé par la peur ni par la confiance absolue, mais par la détermination et l'exigence. La désertion sociale n'est pas une solution. S'il y a des désaccords profonds, nous le dirons car nous sommes libres et engagés. Le gouvernement a deux options : une simplification bête et méchante des relations sociales. Ou bien l'élaboration d'un nouveau pacte social qui articule un droit du travail supplétif élevé avec un rôle renforcé des branches et un espace de discussion dans les entreprises. Le gouvernement ne doit pas nous squeezer. S'il le fait, nous nous mobiliserons. Un pays qui fonctionne bien est un pays qui articule démocratie politique et démocratie sociale.
Êtes vous favorable à une étatisation de l'Unédic?
Non, mais le paritarisme pour le paritarisme alors que nous sommes déjà dans une logique tripartite n'est pas non plus la solution. Il faut un système où les partenaires sociaux conservent une place pour établir les règles. Ce second temps de réforme ne doit pas être abordé uniquement sous l'angle du pilotage, de la gouvernance, du Meccano. On veut des mesures concrètes concernant les chômeurs de longue durée et les jeunes sans qualification. Plus personne ne parle du compte personnel d'activité, qui est pourtant un outil de portage des droits dans un cadre collectif et de sécurisation des salariés. Nous souhaitons y intégrer une banque des temps pour accompagner les parcours professionnels. 

jeudi 15 juin 2017

L'affrontement stérile entre patronat et syndicats est "dépassé" et "ringard", a déclaré mardi à Reuters le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, face aux mouvements de mobilisation qui s'organisent contre le projet de réforme du Code du travail:" il est temps de faire valoir un syndicalisme plus moderne. "On a trop souvent pensé en France que la palette du syndicalisme, c'était manifestations, grèves, mobilisations", a-t-il dit. "Ça existe, et on les utilise quand c'est nécessaire, mais il y a aussi propositions, négociations, engagements, contre-propositions." "Il y a une attente des salariés pour un syndicalisme un peu plus constructif qu'il ne l'a été parfois"

La CFDT annonce qu’elle n’ira pas au feu sur les ordonnances

Alors que la concertation sur les ordonnances commence, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, vient de doucher les espoirs d'un front commun syndical nourri par FO. Il a d'ores et déjàannoncé qu'il n'affronterait pas le gouvernement sur le texte. 
L'affrontement stérile entre patronat et syndicats est "dépassé" et "ringard", a déclaré mardi à Reuters le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, face aux mouvements de mobilisation qui s'organisent contre le projet de réforme du Code du travail.
"Le syndicalisme divisé qui se cantonnerait à organiser des manifestations pour faire croire qu'il est d'accord contre quelque chose mais jamais pour quelque chose, je pense qu'il faut que ça s'arrête", a dit Laurent Berger dans une interview.
"Il faut se mobiliser pour des idées", a-t-il poursuivi. "L'affrontement stérile entre d'un côté les syndicats et de l'autre le patronat où la seule issue c'est de se taper dessus, c'est ringard et dépassé."
Pour Laurent Berger, il est temps de faire valoir un syndicalisme plus moderne. "On a trop souvent pensé en France que la palette du syndicalisme, c'était manifestations, grèves, mobilisations", a-t-il dit.
"Ça existe, et on les utilise quand c'est nécessaire, mais il y a aussi propositions, négociations, engagements, contre-propositions."
"Il y a une attente des salariés pour un syndicalisme un peu plus constructif qu'il ne l'a été parfois", a poursuivi le dirigeant de la centrale qui est devenue en avril dernier la première organisation syndicale dans le privé, devant la CGT.