mardi 14 août 2012

"Social": Goldman Sachs va verser 10 millions de dollars pour réduire le taux de récidive chez les mineurs ayant séjourné à Rikers Island(yc DSK?).


Crise ou pas crise, la banque la plus emblématique des dérives de la finance mondiale fait désormais dans le social : En effet, Goldman Sachs va verser 10 millions de dollars pour réduire le taux de récidive chez les mineurs ayant séjourné à Rikers Island.

Sans même s’en rendre compte, jeudi 2 août, le maire de New York Michael Bloomberg a donné une bonne nouvelle qui risque cependant d’être diversement appréciée par les marchés financiers.
Goldman Sachs, la banque qui évoque le mieux dans l’opinion publique mondiale les excès et les dérives de la haute finance dévoyée, tourne enfin le regard vers les prisons.
Message subliminal en direction des régulateurs du marché ? Prise de conscience tardive d’avoir beaucoup à se faire pardonner ? Toujours est-il que la banque vient de décider de verser un pourboire de 10 millions de dollars, consacrés à un projet d’action sociale d’envergure : réduire de 50% le taux de récidive chez les mineurs ayant fait un séjour à Rikers Island. (« Aider les jeunes qui se sont retrouvés en prison, à éviter les problèmes lorsqu’ils rentrent à la maison, est l’un des défis les plus difficiles et les plus importants auxquels nous sommes confrontés » a affirmé Monsieur le maire en conclusion de sa conférence de presse)
On ne sait si l’idée est venue à Lloyd Blankfein, le président de la banque, à la suite d’une discussion avec l’ancien directeur général du FMI qui a eu l’occasion de signer le livre d’or du célèbre établissement pénitentiaire new yorkais…

Les banksters ont aussi du coeur

Ce qui est certain en revanche, c’est que lorsqu’on on chasse le naturel chez Goldman Sachs, il revient à fond la caisse : essayer de faire pleurer dans les banlieues pour faire croire qu’il nous reste un brin de conscience sociale est une chose ; perdre de l’argent en est une autre à laquelle on n’est pas encore habitué : le programme intensif de conseil et d’éducation des jeunes taulards à risque est donc packagé dans un produit financier des familles, une nouvelle usine à gaz comme les matheux de la banque en ont le secret.
Il faut que le taux de récidive baisse d’au moins 10% pour que la banque rentre dans son argent. Au delà, c’est de la philanthropie qui peut rapporter « gros » ; jusqu’à 2,1 millions de dollars si la récidive observée s’effondre de 50%.
Si le programme ne fonctionne pas et que moins de 10% des jeunes ex-détenus de Rikers Island renoncent définitivement à y retourner, ça pourrait coûter jusqu’à 2,4 millions de dollars à la malheureuse banque qui, pensez-donc, ne s’en remettrait peut être pas…a précisé Samantha Levine, l’une des porte-paroles du Conseil Municipal de la Grosse Pomme avec un sourire qui en disait long sur la réalité de l’effort financier consenti.
D’ailleurs la banque a vraiment tout prévu : elle va émettre pour 9,6 millions de dollars d’obligations dites « de service social » (« social service bonds ») garanties à hauteur de 7,2 millions - des fois que - par Bloomberg Philanthropies, le support juridique au moyen duquel Michael Bloomberg conduit ses actions philanthropiques et de mécénat personnelles.
« Nous pensons que cet investissement ouvre la voie pour un nouveau type d’instrument financier permettant au secteur public de compléter un financement initial apporté par le secteur privé » s’est empressé de déclarer le big boss de Goldman Sachs à la suite de l’annonce du maire, avant de conclure : «Notre entreprise espère bien de la sorte, amener d’avantage d’investisseurs privés vers des partenariats public-privé à vocation philanthropique de ce type ».
Le garçon est incorrigible.
C’est à Peterborough en Grande Bretagne que le concept a été testé pour la première fois il y a deux ans. Le gouvernement de sa très Gracieuse Majesté avait accepté de banquer 5 millions de £ pour engager un programme d’action sociale visant à réduire le taux de récidive à la sortie de la taule municipale.
Mettre un petit billet pour essayer d'éviter aux gamins de retourner bêtement en prison, c’est pas un bon placement, ça? D’autant que si c'est bien amené en termes publicitaires, ça peut aussi contribuer à convaincre les juges que les banksters sont plus utiles à la société lorsqu'ils sont en liberté que derrière les barreaux...  

Les zones d'ombres de la rétention au Canet alors que l'isolement sanction est strictement illégal!



Le centre de rétention administrative (CRA) du Canet à Marseille n'en finit pas de faire parler de lui. Alors que l'affaire Asfour a provoqué l'indignation du milieu associatif qui s'est rassemblé mardi dernier, ce tragique événement révèle des conditions de rétention très particulières.
Les associations de défense au sans-papier manifestent devant le CRA du Canet
Les associations de défense au sans-papier manifestent devant le CRA du Canet
Marsactu/Esther Griffe
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Treize jours après sa greffe du foie. Fatima Asfour est toujours à l'hôpital, avec un corps médical qui s'inquiète pour l'etat de ses reins . Elle  avait été hospitalisée en urgence le 31 juillet après avoir ingurgité des médicaments. Une hospitalisation intervenue alors que cette ressortissante marocaine était placée en isolement médical au centre de rétention administrative (CRA) du Canet à Marseille, victime d'une crise de panique face à son expulsion imminente du territoire français. Une affaire jugée assez préoccupante pour que le contrôleur général des lieux de privation des libertés (CGLPL), qui a pour mission de s'assurer du respect des droits fondamentaux des personnes retenues, se saisisse de l'affaire (à la demande de l'association Forum réfugiés qui intervient au CRA pour porter une assistance juridique aux retenus).
Aude Muscatelli, secrétaire générale du CGLPL le confirme : "On a saisi les autorités compétentes, le médecin-chef et le directeur du centre de rétention administratif du Canet pour comprendre ce qui s'est passé. On attend surtout les résultats de l'enquête menée par l'Inspection générale de la police nationale".
Un cas qui vient se rajouter à celui d'un autre retenu rapporté par un collectif d'associations, de syndicats et de partis de gauche. Celui-ci s'était cassé le pied alors qu'on tentait de l'embarquer vers l'aéroport où il serait expulsé. Personne ne le soignant, les retenus auraient appelé les pompiers mais la police n'aurait pas autorisé les pompiers à entrer dans l'enceinte pour lui porter assistance.

Contre les expulsions

Face à cette situation qui a suscité l'émotion, ces mêmes organisations avaient organisé un rassemblement devant le CRA du Canet pour dénoncer des violences policières, réclamer l'arrêt des expulsions et la régularisation de tous les sans-papiers.


Des militants avaient pris contact avec un retenu placé au CRA. Il a témoigné par téléphone de ces conditions de vie en réponse aux questions des associatifs. (Attention, tendez l'oreille).


"Ils nous frappent dans les chambres parce qu'il n'y a pas de caméras". Ce passage du témoignage pose l'épineuse question des violences policières commises à l’intérieur du centre et de leur éventuelles généralisations (comme le laisse entendre certains militants). Pour Bruno Bochnakian, avocat en droit des étrangers et droit de l'immigration au barreau de Toulon : "Les violences policières ne sont pas propres aux centres de rétention et ne touchent pas plus particulièrement les étrangers que d'autres catégories de la population."

L' isolement médical, une pratique locale

Au-delà des violences avérées ou supposées, ce qui arrive à Mme Asfour jette une lumière crue sur les conditions de rétention des étrangers en situation irrégulière à Marseille. Aude Muscatelli reste prudente : " Il faut être attentif à ne pas tout mélanger, le cas de Mme Asfour n'est pas représentatif de ce qui se passe dans les centres de rétention français". Cette affaire témoigne-t-elle d'un problème propre au CRA de Marseille où ont transité 1587 personnes en 2011 et 2355 en 2010 ? La réponse fuse, immédiate : "Nous ne menons pas d'enquête comparative."
Il existe pourtant bien des particularités locales. Le Canet est le seul lieu où se pratique l'isolement pour raisons "médicales". L'administration du CRA justifiait cette pratique auprès du CGLPL Jean-Marie Delarue par la présence de caméras dans les locaux d'isolement afin de garantir "la prévention contre les atteintes à soi-même et les incidents" en l'absence de gardien. Or, il ressort du rapport de visite au CRA du Canet du CGLP que sur 136 mises à l'isolement comptabilisées en 2009, 31 font suite à des insultes à agent, 20 à des bagarres, alors que l'isolement sanction est strictement illégal.
La pratique semble même avoir pris un caractère systématique. En 2010, une cinquantaine de mises à l'isolement ont encore été constatées concernant des troubles psychologiques, auto-mutilations ou tentatives de suicide d'après le rapport  réalisé par les associations habilitées à intervenir dans les centres.
"Les personnes, dénonce en outre ce rapport, qui présentent des troubles psychologiques ou qui reviennent d’une consultation spécialisée sont pratiquement systématiquement placées en chambre d’isolement, parfois pendant de nombreuses heures". Et le personnel soignant qui refuse d'intervenir dans les chambres d'isolement pour montrer son opposition à ce type de pratique "aggrave" la situation de ces personnes.

Pas de budget pour le suivi psychologique

La prise en compte de la détresse psychologique des retenus est la grande absente. Motif : un budget restreint. En témoigne en 2010 la réponse du ministère de l’Intérieur de l'époque (tenu par Claude Guéant) au rapport de visite de Jean-Marie Delarue : "D'une manière générale un ou des médecins sont présents au quotidien dans les CRA.(...)Cette équipe ne comprend pas de psychologue il est vrai.(...)En 2010 le coût global du dispositif sanitaire s'élève à 5 187 002 euros. (...)Il est donc inenvisageable de prévoir de nouvelles conventions entre l'Etat et les services hospitaliers qui prendraient en compte le coût de l'affectation de personnel supplémentaire, en l'espèce d'un psychologue ." Une réponse légère quand le CGLPL estime que la mise à l'isolement et les carences du suivi médical "peuvent être à l'origine de tentatives de suicides".
Au-delà du suivi psychologique, la règle élémentaire du secret médical n'est pas non plus garantie au CRA du Canet. Chaque retenu qui souhaite voir un des cinq médecins en alternance ou une des cinq infirmières du centre doit obligatoirement justifier sa demande auprès d'un policier comme pour tout déplacement à l'intérieur de l'enceinte (une autre spécialité locale).
Sur ces sujets, il nous a pour le moment été impossible de recueillir les avis de la direction du CRA du Canet (le commandant Elisabeth Leclerc) et de Reem Mansour (médecin présent au CRA) sont restées sans réponses sans que l'on arrive à savoir si ces silences sont volontaires ou dus à des absences estivales.

Renforcer les alternatives

Pas de réponse non plus du côté de la place Beauvau. Au vu de ces dernières sorties, Manuel Valls, le ministre de l'intèrieur n'entend pas revenir sur l'utilité des CRA et les mises à l'isolement médical sont toujours appliquées à Marseille comme nous le rappelle la situation de Fatima Asfour. Néanmoins, la circulaire du 6 juillet 2012 du ministre de l'Intérieur pourrait renforcer les assignations à domicile comme alternative au placement en rétention. Ceci pourrait accentuer la baisse observée des taux d'occupation dans les centres de rétention depuis l'interdiction des gardes à vue par la cour de cassation début juillet (45% en moyenne contre 60-70% auparavant). Maître Bruno Bochnokiian préfère rester prudent sur les effets de la circulaire : "Elle n'a pas force de loi et son application est laissée à la discrétion du préfet. Il y a de grandes chances que rien ne change."
Par Guillaume Hennenfent et Esther Griffe , le 13 août 2012

lundi 13 août 2012

InfoPrudhommes, la CFDT à vos côtés


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''Conseillère prud’homale CFDT c’est à dire juge dans un
Conseil de prud’hommes, défenseur syndical c’est à dire 
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en droit du travail, j’ai réalisé ce site afin d’avoir
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J’ai voulu partager avec vous depuis 2002 ces informations 
dans un cadre bénévole et 
’ai été la première surprise de l’augmentation régulière de la 
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Usage souhaité des commentaires
''Il vous est possible de laisser des commentaires, je souhaite
que ceux-ci apportent aux lecteurs d’un article des compléments 
d’information qui pourraient les intéresser.
Les lecteurs deviennent donc en quelque sorte des co-rédacteurs
de l’article. 'Mes permanences juridiques m’ont permis de rédiger 
un certain nombre de lettresdont vous pouvez vous inspirer 
pour votre propre situation.''
M.-J.G


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jeudi 9 août 2012

Les cadres CFDT sur le pont numérique



Revue | 23 Jul. 2012 par Caroline Werkoff-Leloup
Revue Cadres CFDT n°449 Opportunités numériques (2)

Dans le précédent numéro de notre revue, déjà consacré à la question numérique (Cadres CFDT n° 448, mars 2012), nous avons vu comment l’usage des technologies numériques de l’information et de la communication contribue à modifier en profondeur le travail des cadres. Nous sommes arrivés, entre autres, aux résultats suivants. D’une part, les relations d’autorité dans l’entreprise ont changé : la communication entre pairs, avec les subordonnés ou les supérieurs hiérarchiques ne se fait plus de la même façon. D’autre part, l’usage des réseaux sociaux brouille les frontières entre vie professionnelle et vie privée, ce qui pose la question de la protection du salarié mais aussi de l’image de l’entreprise. Enfin, ces technologies offrent aux cadres la possibilité de mieux gérer leur travail, même à distance ; mais ces avantages cachent des contreparties : il faut répondre plus vite aux sollicitations diverses et savoir trier dans l’avalanche informationnelle quotidienne.

Comment les équipes syndicales peuvent-elles au mieux défendre l’intérêt des salariés dans ce nouveau contexte technologique ? Pour répondre à cette question, nous donnons la parole dans ce numéro à des adhérents et des militants CFDT, cadres en entreprise et responsables syndicaux.

S’agissant de la question des relations avec les pairs et la hiérarchie, deux articles sont consacrés à l’expérience menée chez Alcatel- Lucent France. Dans cette multinationale présente dans plus de cent pays, les collaborateurs utilisent quotidiennement le réseau social interne, baptisé Engage, pour travailler. Pour l’instant, les syndicats n’ont pas le droit de s’exprimer sur ce réseau. Pour pallier ce manque, décrié par les syndicats mais aussi par la direction qui craint le face à face frontal avec des groupes de salariés constitués ex-nihilo, l’entreprise a lancé une négociation d’un nouveau genre, une négociation sociale 2.0, une première en France. C’est ici toute la question de la représentation des salariés dans une relation virtuelle qui est posée, et plus largement de l’invention de nouvelles relations sociales. En reconnaissant aux syndicats un rôle de possible régulateur des collectifs de toutes sortes, on revient aux fondamentaux du syndicalisme.

La question de l’usage des réseaux sociaux type Facebook ne peut être éludée. En écornant l’image de l’entreprise dans des messages malencontreux, les salariés peuvent se mettre en danger. Axa France a décidé de prévenir ce risque numérique en élaborant un document des bonnes pratiques numériques à l’usage de ses collaborateurs. Plutôt que de produire une charte annexée au règlement intérieur selon un procédé classique top down, cette entreprise a choisi d’élaborer un texte construit avec l’aide de 500 salariés (qui ont tous signé le document de leur prénom). Cette façon de procéder peut donner des idées aux équipes syndicales : il existe une alternative aux chartes numériques écrites sans concertation et les équipes syndicales peuvent utilement contribuer à leur élaboration.

Reste le chapitre de la gestion du temps et du contenu du travail. Chez Accenture, de nouveaux outils informatiques (Office Communicator et Téléprésence) ont modifié les conditions de travail et permis le développement du télétravail. Tout en considérant ces changements comme de nouvelles opportunités pour des salariés qui ont souvent des temps de trajet quotidiens très longs, la section CFDT plaide pour un meilleur usage de l’encadrement de ces technologies et pour une éducation de chacun à respecter le temps de la vie privée.

A travers ces expériences, c’est finalement une manière nouvelle de faire du syndicalisme qui apparaît. Elle se déploie à côté de formes plus traditionnelles d’action syndicale. Et ce n’est pas toujours simple, on le lit en creux dans certains articles, surtout lorsqu’il s’agit d’animer un collectif virtuel.

La CFDT Cadres se préoccupe depuis longtemps de la question numérique comme nous le rappelle Laurent Mahieu dans un article introductif. Elle soutient des projets ambitieux, comme celui d’Info prud’hommes CFDT, un site consulté par près d’un million et demi de personnes chaque année. De tels projets font entrer notre organisation de plain-pied dans l’ère d’un syndicalisme de services. En lançant une recherche-action pour mieux accompagner les nouvelles pratiques syndicales et ajuster les revendications collectives, la confédération n’est également pas en reste. Autant d’initiatives à découvrir dans ce numéro.

Sur le même sujet

Mots-clés : Technologies et télétravail -

mardi 7 août 2012

La CFDT du ministère des Affaires étrangères a remporté une importante victoire juridique. Elle contestait devant le Conseil d’État les nominations par Nicolas Sarkozy de deux de ses conseillers à l’Élysée à des postes d’ambassadeurs – Bertrand Lortholary (en Indonésie) et Damien Loras (en Thaïlande) et a obtenu l’annulation des décrets de nomination


Nominations au Quai d’Orsay : le Conseil d’État solde les “années Sarkozy”


Les magistrats du Palais-Royal ont annulé les nominations de deux ambassadeurs proches de Nicolas Sarkozy. La CFDT du ministère estimait que les nominations de ces anciens conseillers de l’ex-Président, Bertrand Lortholary (photo) et Damien Loras, décidées au premier semestre 2012, contrevenaient aux règles statutaires du Quai d’Orsay.
La CFDT du ministère des Affaires étrangères vient de remporter une importante victoire juridique. Le principal syndicat du Quai d’Orsay, qui contestait devant le Conseil d’État les nominations par Nicolas Sarkozy de deux de ses conseillers à l’Élysée à des postes d’ambassadeurs – Bertrand Lortholary (en Indonésie) et Damien Loras (en Thaïlande) – a obtenu l’annulation des décrets de nomination (cliquez ici pour télécharger la décisiondes deux diplomates âgés respectivement de 43 et 42 ans.
Suivant les conclusions du rapporteur public, les magistrats du Palais-Royal ont estimé que ces deux énarques – issus de la même promotion, Marc Bloch (1997) – ne remplissaient pas l’une des conditions légales pour obtenir le poste d’ambassadeur : avoir exercé des “responsabilités d’encadrement”. Le Conseil d’État a notamment estimé qu’un poste de conseiller à l’Élysée ou en cabinet ministériel, même s’il“comporte des fonctions d’animation et de coordination de différentes administrations de l’Etat, ne peut être regardé comme ayant exercé des responsabilités d’encadrement”.
Absence d’expérience dans l’encadrement
C’était justement le grief soulevé par la CFDT, qui se référait à un décret datant de 1969 mais que l’administration de Bernard Kouchner a remanié en 2009. La révision du décret de 2009 avait une ambition : rajeunir le vivier des ambassadeurs en permettant à tous les conseillers des affaires étrangères – le corps des cadres du Quai d’Orsay – de prétendre à ce type de poste. Jusqu’en 2009, ces postes n’étaient ouverts qu’aux conseillers hors classe (les plus “capés” du corps des conseillers des affaires étrangères) et aux diplomates ayant le rang supérieur de ministre plénipotentiaire ou d’ambassadeur de France. Lors de la négociation sur ce texte, la CFDT avait obtenu l’institution de deux garde-fous afin d’éviter que des futurs chefs de poste trop peu expérimentés ne soient nommés : justifier de trois ans à l’étranger et avoir exercé des responsabilités dans l’encadrement. Dans sa décision, le Conseil d’État a estimé qu’il résulte de ces dispositions que, pour apprécier l’aptitude d’un conseiller des affaires étrangères à occuper un emploi de chef de mission diplomatique, l’autorité de nomination doit vérifier que l’intéressé a préalablement exercé des responsabilités d’encadrement impliquant l’exercice de fonctions de direction, d’organisation et de gestion de services ou de parties de service.
Or, en l’espèce, si les deux intéressés, qui étaient conseillers des affaires étrangères et non ministres plénipotentiaires, avaient occupé de hautes responsabilités fonctionnelles, notamment en tant que conseillers à la présidence de la République, ils n’avaient exercé au cours de leur carrière aucune fonction leur conférant une autorité hiérarchique sur un service ou sur un ensemble de services et leur expérience en matière d’animation et de coordination du travail d’agents ou de différentes administrations ne permettait pas de les regarder comme ayant exercé des responsabilités d’encadrement susceptibles d’être prises en compte pour l’application du décret du 6 mars 1969.
Rapport de force
Derrière ces considérations d’ordre statutaire, c’est bien un rapport de force entre le pouvoir politique et une “institution” du quai d’Orsay – le principal syndicat – qu’a arbitré malgré lui le Conseil d’État, nombre de diplomates estimant qu’un passage en cabinet ministériel – fût-ce à l’Élysée, le “must” – ne pouvait expliquer un tel tremplin. Réputés brillants, les deux intéressés n’ont pas occupé, en quinze ans de carrière, de poste d’encadrement (sous-directeur, consul, consul général, etc.). Bertrand Lortholary et Damien Loras ont en effet consacré les dernières années de leur parcours aux cabinets ministériels (quatre ans pour le premier, six ans pour le second). Or ce sont précisément ces années au cours desquelles l’expérience dans l’encadrement aurait pu être acquise. Un choix de carrière qui s’est retourné contre eux.
Avec l’annulation de ces deux nominations, le gouvernement français va devoir nommer deux nouveaux ambassadeurs. Et surtout rappeler Bertrand Lortholary, nommé en février et qui a déjà pris ses fonctions à Jakarta… Damien Loras, lui, nommé la veille du second tour de la présidentielle, n’aura pas besoin d’être rappelé. Le nouveau pouvoir socialiste lui a en effet demandé d’attendre la décision de la justice avant de s’envoler pour Bangkok… Damien Loras, qui visait initialement l’ambassade de France au Brésil, s’était par ailleurs vu proposer plusieurs consulats généraux importants ainsi qu’un poste de haut niveau dans l’administration centrale du Quai d’Orsay, mais il tenait absolument à être ambassadeur…
Pierre Laberrondo
Deux parcours prochesÀ leur sortie de la promotion Marc Bloch de l’ENA, en 1997, Bertrand Lortholary et Damien Loras ont choisi le Quai d’Orsay. Après avoir fait leurs premières armes dans les services administratifs du ministère à Paris, tous deux sont affectés pour la première fois en ambassade en 2002, aux États-Unis. Bertrand Lortholary part comme premier secrétaire à Washington. Parallèlement, Damien Loras est envoyé à New York, où il officie comme premier secrétaire à la représentation permanente de la France auprès de l’Organisation des Nations unies. Il y reste quatre ans avant de rentrer en France et d’intégrer en 2006 l’équipe de Philippe Douste-Blazy au Quai d’Orsay puis, l’année suivante, la présidence de la République, après l’élection de Nicolas Sarkozy. Entre-temps, Bertrand Lortholary a quant à lui quitté les États-Unis pour la Chine, où il officie à partir de 2005 comme deuxième conseiller à l’ambassade de France à Pékin. Ce licencié en chinois avait ensuite rejoint l’Élysée, en avril 2008.
Biographies associées

Expression directe de la CFDT consacrée aux jeunes militants


Expression directe de la CFDT, diffusée le 6 août 2012, consacrée aux jeunes militants lors du rassemblement Effervescence(s) de juillet 2012.

lundi 6 août 2012

Il y a 520 ans (entre un rital fêlé , un Basque et des berbères ) ,..... le début des emmerdes......


Le Point.fr - Publié le 03/08/2012 à 00:00 - Modifié le 03/08/2012 à 12:54

Il ne trouve ni caravelle ni marins pour l'accompagner. Heureusement, un armateur d'origine berbère de Palos se jette à l'eau.

3 août 1492. Sans un Basque et des armateurs berbères, Colomb n'aurait jamais découvert l'Amérique.

  • Le 3 août 1492, Christophe Colomb fait la plus grande connerie de sa vie. Il lève l'ancre pour chercher une nouvelle route vers les Indes et trouve... l'Amérique ! Pense-t-on au nombre d'emmerdes que le monde aurait pu éviter si, ce matin-là, l'amiral s'était cassé la jambe ? Ce n'est pas le cas. Au contraire, c'est l'âme exaltée qu'il s'élance vers l'ouest. Sur la première page de son journal de bord, il note : "En cette année 1492, après que Vos Altesses eurent mis fin à la guerre contre les Maures en la très grande cité de Grenade, elles pensèrent, comme ennemis de la secte de Mahomet, m'envoyer aux Indes. Elles m'ordonnèrent d'emprunter la route de l'ouest, m'anoblirent et décidèrent que je serai grand amiral de la flotte océane et vice-roi des terres découvertes et à découvrir. Je quittai le port de Palos." 
À Palos (aujourd'hui, Huelva), l'amiral n'est pas accueilli à bras ouverts par ces habitants qui ne comprennent pas pourquoi le roi leur demande d'aider ce rital fêlé de la cafetière qui cherche l'Inde à l'ouest. C'est aussi idiot que de chercher le bureau de Ségolène à l'Assemblée nationale. En effet, l'arrêté royal signé par les deux souverains espagnols demande à Palos de lui faciliter la tâche : "Il est enjoint à la municipalité du port de Palos de procurer à l'amiral Colomb deux caravelles, de les mettre en état et de les armer." Inutile de dire que la ville ne se décarcasse pas pour donner ses plus beaux navires à Colomb. Celui-ci se retrouve avec deux vieilles caravelles à peine en état de naviguer. Quant à trouver des volontaires pour embarquer, c'est mission impossible. Colomb a beau dresser sur le quai une table couverte de pièces d'or et promettre un salaire plus élevé que le minimum syndical, aucun marin ne se présente. Suivre cet Italien vers l'ouest serait un suicide. Autant se flinguer immédiatement. Patientant des journées entières derrière sa table, l'amiral a une pensée émue pour Bayrou.

Un an de vivres

Miracle, un beau jour, Colomb reçoit la visite de Martín Alonso Pinzón, le chef de la principale famille d'armateurs de Palos, d'origine berbère. L'homme a bien réfléchi, il se dit que, si Colomb a raison en cherchant les Indes à l'ouest, c'est la fortune assurée. Il décide de tenter le coup en lui proposant une association. Dès lors, c'est du gâteau, Pinzón fournit deux caravelles de belle allure à la place des deux épaves fournies par la cité et convainc un capitaine basque, Juan de la Cosa, de participer à l'expédition avec son navire, la Santa-María, déjà armé d'un équipage. Dès lors, les marins de Palos se précipitent pour se faire enrôler.
Colomb prend le commandement de la Santa-María (Juan de la Cosa est son second), qui est la plus grande des trois nefs avec 35 mètres de long sur 8 de large. Il ne s'agit pas d'une caravelle, mais d'une caraque, un navire plus robuste, mais moins rapide. Elle jauge 233 tonneaux et emporte 39 hommes d'équipage. Vicente Yañèz Pinzón commande la Niña, d'une dimension plus modeste et aux voiles latines (triangulaires) : 21,44 sur 6,44 m, 105 tonneaux et 20 hommes d'équipage. Enfin, son frère Martín Alonzo Pinzón dirige la Pinta : 15 et 23 mètres de long sur 6 mètres de large, 110 tonneaux et 20 hommes. Aux marins, il faut ajouter les officiers, un notaire, un interprète, un contrôleur royal, un médecin, un archiviste, un officier de justice en chef et des familiers de Colomb. Au total, 87 hommes prêts à affronter l'inconnu. Colomb embarque un an de vivres basés sur une ration quotidienne d'une livre de biscuit et de 300 grammes de viande boucanée ou de poisson séché. Il prévoit encore des légumes secs, du fromage, de l'huile, du vinaigre et des oignons réputés combattre le scorbut. Pour boire, il embarque deux litres de vin par jour et par homme, et environ un demi-litre d'eau par repas.

"Au nom de Dieu, larguez !"

Le vendredi 3 août à l'aube, tous les habitants de Palos sont rassemblés sur le port pour assister au départ des trois caravelles ancrées au-delà de la barre de sable. L'atmosphère est recueillie, chaque habitant de la cité possède un père, un époux, un proche à bord des trois navires. Et chacun sait que beaucoup de marins ne reviendront jamais. La veille, c'était la fête de la Vierge des miracles, tous les villageois et les marins se sont retrouvés dans l'église pour prier à voix haute. Sur le quai, ils continuent de prier dans un bourdonnement incessant. Aux premiers rayons de soleil jaillissant de l'horizon, l'amiral s'écrie avec émotion : "Au nom de Dieu, larguez !" À bord des caravelles, les officiers crient les instructions. Les voiles blanches sont hissées. Les femmes lancent leurs dernières recommandations à leurs maris, leurs fils, leurs frères. "Surtout, rapportez-nous des iPad de Singapour, ils y sont moins chers !" Les trois navires s'éloignent pendant que les marins chantent le Salve Regina.
Christophe Colomb, très ému, se tient sur le château arrière de la Santa-María, dans son costume d'amiral doublé de fourrure grenat. Cap sur les îles Canaries pour chercher les alizés soufflant vers l'ouest. Pour naviguer, le capitaine italien, qui ne fait pas confiance au GPS, dispose d'un compas, qui est une boussole dotée d'une rose des vents graduée. La vitesse du navire est mesurée avec la méthode du loch. Les marins jettent à l'eau une planche suffisamment lestée pour qu'elle reste sur place et reliée au navire par une ligne dotée de noeuds régulièrement espacés. Il suffit de compter le nombre de noeuds défilant durant l'écoulement d'un sablier de 30 secondes pour connaître la vitesse. Les noeuds sont espacés de telle façon que chacun d'entre eux correspond à un mille par heure. Le marin qui compte 5 noeuds durant 30 secondes sait ainsi que le navire file à 5 milles par heure. La latitude (c'est-à-dire la position entre les pôles et l'équateur) se calcule grâce à la hauteur du Soleil sur l'horizon, à midi. En revanche, la longitude (position est-ouest) est impossible à connaître, faute, à l'époque, de montre précise.
Le lundi 6 août, première avarie sérieuse : le gouvernail de la Pinta se détache. Heureusement, le temps est beau, ce qui permet de réparer immédiatement. Il casse de nouveau le lendemain. Les trois navires parviennent néanmoins à rallier les Canaries. La Pinta se rend dans la Grande Canarie pour réparer. On en profite pour changer le gréement à voiles de la Niña pour un autre à voiles rectangulaires, plus rapides. Les deux frères Pinzón proposent à Colomb de faire escale à La Gomera, île gouvernée par leurs cousins les Gomeros, où ils sont accueillis le 11 août par Doña Beatriz de Bobadilla (ou de Bouabdallah). Les trois caravelles sont chargées de fruits et d'animaux vivants. Quelques volontaires dans la famille des Gomeros se joignent à l'expédition. Le 6 septembre, voilà l'escadre de l'amiral Colomb qui effectue le véritable départ pour l'inconnu. Cap à l'ouest, le long du 28e parallèle. Sur le pont de la Santa-María, un individu au strabisme prononcé entame le célèbre hymne des marins : "L'Amérique, l'Amérique, je veux l'avoir, je l'aurai..." Le 12 octobre, après deux mutineries et cinq semaines de navigation, Colomb et ses hommes découvrent les Bahamas. Le début des emmerdes...

Alain Ducasse a lu pour nous...